Droit et devoir

6 septembre 2019 |  Catégorie:  Réflexion  

Pour commencer cet article, penchons nous un instant sur ces deux citations :


"Un droit n'est jamais que l'autre aspect d'un devoir."

Jean-Paul Sartre


"Nul ne possède d'autre droit que celui de toujours faire son devoir."

Auguste Comte


Alors, qui a raison ? Est-ce le devoir qui crée le droit, ou bien le droit qui crée le devoir ? Autant se demander qui de la poule ou de l’œuf est arrivé en premier.


Il est facile de distinguer nos droits et devoirs lorsque nous échangeons avec une autre personne. SI je m'engage à ceci, alors tu t'engageras à cela. Cet échange de droits et de devoirs entre deux personnes est une des bases fondamentales du droit, c'est le principe d'autonomie de la volonté. C'est ce qui se passe par exemple quand on achète une baguette: la boulangère a le devoir de vous donner le pain, et vous avez le devoir de lui donner l'argent. On parlera plutôt (en termes juridiques) d'obligation que de devoir.

Mais en dehors de ce principe, il existe également des droits et des devoirs qui incombent à tout citoyen en raison de son appartenance à un groupe, à une société, à un Etat. Ce sont alors les relations entre le groupe et l'individu qui donnent naissance aux droits et aux devoirs.

Toutes les lois sont ainsi source de droit et de devoir pour l'individu. Ces droits et devoirs le sont à l'égard du groupe social, mais également à l'encontre des autres individus, alors même que ces individus ne se sont pas eux même engagés par un échange (grâce au principe d'autonomie de la volonté dont je parlais plus haut).

A titre d'exemple, on peut trouver comme devoirs du citoyen envers l'Etat : le paiement de l’impôt, l'interdiction des actes terroristes, ou encore le devoir de rendre la justice s'il est appelé en tant que juré.

L'Etat a lui aussi des devoirs envers le citoyen : son éducation, sa sécurité, le respect de son vote lors d'une élection. Dans certains cas, l'Etat pourra même engager sa responsabilité s'il ne respecte pas ses devoirs envers le citoyen. L'Etat, en ce qu'il est le système qui permet l'organisation de la société, se retrouve alors juge et justiciable, d'où la célèbre citation :


« Juger l'administration, c'est encore administrer »

Henrion de Pansey,


Mais les règles posées par l'Etat viennent également réglementer les relations entre les citoyens. C'est le cas par exemple des relations familiales, ou les enfants doivent obéir à leurs parents, ou bien de l'interdiction de vendre des stupéfiants. Souvent, ces relations intéressent également la société, aussi il est difficile de déterminer si l'Etat réglemente les droits et devoirs des individus entre eux, ou s'il réglemente davantage les droits et devoirs des citoyens envers lui, Etat, responsable de chacun.


Mais sachant que l'Etat n'est qu'une création des hommes qui le compose, ne peut on pas alors affirmer que ces droits et devoirs relient finalement encore une fois des hommes envers d'autres hommes, comme lorsqu'ils usent de l'autonomie de leur volonté ? Après tout, l'Etat est une personne morale, et par conséquent, une fiction juridique.


Ainsi tout droit et tout devoir dépend des hommes. Un homme seul peut-il avoir des droits, ou des devoirs ? A première vue, non: on a un devoir envers une autre personne, ou un droit envers quelqu'un.

Pourtant l'on pourrait également considérer que la vision des droits et devoirs d'un homme n'est définie que par elle même, en dehors de tout contexte social: c'est le courant de pensée du droit naturel, qui se trouve illustré dans de nombreuses pièces de théâtre (Phèdre par exemple). Le drame est toujours de la partie lorsque droit naturel et droit positif s'affrontent.

Selon le courant jus naturalis (du droit naturel), l'homme né empli de son idée du juste. De cette idée, c'est à lui que revient de distinguer ce qui est son devoir et ce qui est son droit. C'est à lui de choisir ses propres chaînes (devoir), qui, pour certains auteurs, est la condition d'une vraie liberté. Et plus qu'un choix, selon le courant du droit naturel, ce devoir s'imposerai à lui. Mais d'où alors viendrait cette imposition ? Si le droit naturel est connu de tous les hommes, pourquoi est il si difficile de se mettre d'accord sur ses règles aussitôt les grandes lignes posées ? De nombreuses questions sont restées sans réponse concernant cette théorie du droit naturel, ce qui explique peut être sa faible utilisation dans notre droit contemporain, où l'on préfère la solidité du droit "positif": lui est écrit; lui est en vigueur.


Pour résumer, disons que nos droits et devoirs dépendent surtout du contexte dans lequel ils sont évoqués. En matière juridique, ils sont l'ensemble de règles qui réglementent les rapports de pouvoirs entre différentes personnes. En dehors de cette sphère restreinte, le débat reste ouvert, et gageons que nous ne pourrons jamais totalement définir ce qui est un droit, et ce qui est un devoir.

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